Spécialité de l'article : Généraliste
Parution du 14/09/2026 pour la lettre n° 121
Yvan, 6 ans - Un Ange qui ne faisait qu’inquiéter sa mère…
En rentrant dans le cabinet l’enfant se mit à pleurer et refusa de s’asseoir sur une chaise, il voulut rester dans les jupes de sa mère et il s’y accrocha comme un désespéré. Sylvie sa mère, une femme de quarante-six ans mettra dix minutes pour le raisonner et le calmer et l’enfant finira par jouer par terre avec un meccano, l’un des jouets que je mets à la disposition des enfants. Ils sont venus passer leurs vacances de Noël à Saint-Sébastien (Donostia) où j’ai eu un cabinet privé de médecine homéopathique durant quelques années.
Motif de la consultation
- Je viens vous voir Patrick’s parce que je suis très inquiète du comportement mental de mon unique enfant malgré le fait que mon mari comme ma famille n’aient pas les mêmes inquiétudes. Pourtant dès petit et tout au long de sa croissance j’ai constaté par de multiples signes qu’Yvan souffrait de comportements anormaux. Comme vous le savez je suis médecin pédiatre à l’hôpital N… à Paris, et ma famille affirme que je ne suis pas objective par déformation professionnelle. Il faut vous dire qu’Yvan est né à la troisième F.I.V. mon mari Jean étant stérile, j’avais quarante ans et j’ai vécu une grossesse fatale que je ne souhaite à personne. A cause de ces conditions extrêmes, je crois qu’autant Jean comme la famille sont si heureux de sa venue, qu’ils ne veulent pas voir la réalité de ses problèmes. Notre fils est né prématuré d’un mois et par césarienne et dès lors, son évolution a été lente, pour parler comme pour marcher. A quatre ans, il a eu une typhoïde soignée par antibiothérapie, mais quelques mois après il a eu une complication lui provoquant une bactériémie qui a été difficile de résorber. Depuis je crois que toute sa problématique s’est aggravée. Durant cette dernière année, inquiète de la situation et fâchée du comportement de mon entourage j’ai consulté plusieurs collègues pédiatres et leurs conclusions ont confirmé mes inquiétudes. Le problème, c’est que dans la médecine que j’ai apprise et que je pratique, je me sens très limitée ! (…)
J’ai plusieurs fois tout au long de cette conversation avec Sylvie, essayé de parler avec le petit en lui posant des questions, mais il est clair qu’il était absorbé dans ses jeux et son dernier souci était de parler avec moi…
- Mais maintenant que vous êtes là, j’aimerais que vous m’indiquiez les principaux symptômes d’Yvan avec le plus de modalités possibles.
- Enfant intellectuellement et physiquement retardé, (on peut parler ici de nanisme) : c’est un enfant qui a eu et a toujours des difficultés énormes quand il s’agit de lire, d’apprendre, de parler et en général dans tout ce qui concerne l’apprentissage. Enfant lent, sot, presque arriéré et d’une grande timidité spécialement quand il est en dehors du cercle familial. Très grande naïveté. Mes parents et mon mari disent que c’est un Ange…
Enfant peureux et lâche.
• Transpire par anxiété dès qu’il quitte son milieu sécurisant comme à l’école par exemple.
• < par le froid (très frileux) et l’humidité – Tendance à faire des refroidissements à longueur d’année qui en conséquence provoqueront souvent des amygdalites suppuratives.
• Se ronge les ongles depuis deux ans et seulement ceux de la main droite.
• Toutes les nuits, il parle durant son sommeil et j’ai l’impression que ses rêves sont très anxieux.
• Odeurs fétides des pieds même après s’être douché et transpiration « J’ai tout essayé dès bébé pour modifier cette odeur mais ça ne tient pas » - Il y a donc suppression.
• Tendance à la masturbation compulsive depuis l’âge de trois ans, < dès qu’il est stressé.
• A toujours soif – Manque d’appétit.
• Beaucoup de ses symptômes se sont aggravés après avoir eu une Typhoïde.
Diathèse
L’enfant est ici probablement de diathèse psorique.
Je suis incapable de juger l’état d’Yvan, trop de paramètres m’échappent :
- L’enfant est-il dans cet état là pour être né à l’aide de la F.I.V. ?
- A-t-il vécu une souffrance fœtale chronique pour la manière dont Sylvie a vécu sa grossesse ?
- L’est-il à cause d’éventuels effets iatrogéniques des vaccins ?
- Quel rôle a joué la Typhoïde et la Bactériémie dans son état actuel ?
- Quel rôle a joué cette suppression de la sueur et de l’odeur de ses pieds ?
- Que penser des multiples antibiothérapies pour ses problèmes O.R.L ?
- Ou simplement lui manque-t-il le fondamental, une cohérence biologique et… affective ?
Stratégie thérapeutique et traitement
Finalement, la seule chose dont je suis certain, est qu’Yvan me fait bien des symptômes caractéristiques de Baryta carbonica. Dans son cas, il y a grande similitude et chez un enfant ce n’est pas toujours le cas. Mais est-il prêt à le recevoir en premier remède ? Rien de moins sûr ! Je préfère le préparer en lui donnant pour les traumatismes post-naissances le remède Carbo vegetabilis en 10.000 K une seule dose de globules et quarante-cinq jours plus tard, Baryta carbonica en 10.000 K une seule dose de globules, là aussi et attendre une amé- lioration qui, au fond de moi, ne me parait pas évidente.
2° consultation quatre mois plus tard
Il fait un froid de canard dehors. Sylvie et Yvan arrivent emmitouflés jusqu’aux oreilles. Je les laisse tranquillement se réchauffer, mais je ne peux m’empêcher de noter dans l’attitude de Sylvie que rien ne s’est passé comme on l’espérait…
- Je ne sais pas quoi vous dire Patrick’s, car je n’ai pas noté de grands changements dans le comportement de notre fils et mon mari comme ma famille en a profité pour me culpabiliser et me critiquer durement au sujet du choix que j’ai fait de venir vous voir et de traiter Yvan en homéopathie. J’ai pourtant essayé maintes fois avec mon mari de lui expliquer mes inquiétudes et l’espoir que j’avais de trouver une solution avec vous mais rien n’y fait, il ne veut pas entendre parler de cette médecine et il ne comprend pas ce qui m’arrive. Inutile de vous préciser que j’avais l’espoir secret de lui clouer le bec en le mettant face à une amélioration claire et évidente ! Mais malheureusement pour Yvan, elle ne s’est pas produite. Je ne peux pas lui en vouloir ayant été moi-même suspicieuse de cette médecine, juste retour des choses. Qu’en pensez-vous Patrick’s ? Sachez tout de même et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai une grande confiance en vous et j’ai l’intuition très forte et peut être irrationnelle que c’est ici et pas ailleurs que l’écheveau va se défaire…
- Je suis désolé Sylvie de constater qu’il y a quelque chose qui bloque le mouvement centrifuge nécessaire à une amélioration de votre petit, mais il faut comprendre que son histoire et les conditions de sa naissance sont des facteurs ne facilitant pas les choses. De plus notre médecine ne fait pas de miracle, mais parfois... Réfléchissez bien Sylvie en dehors de la typhoïde et ses complications, Yvan n’a jamais eu d’autres maladies ?
- Bon en y repensant, comme beaucoup de bébés, vers neuf mois il a fait une rougeole avec un exanthème très important et à cause de complications, il a été traité par une antibiothérapie importante. Je crois qu’Yvan bébé, peut-être pour être prématuré, a toujours fait des complications, là ou d’autres s’en sortent sans problème. Mais en dehors de cette rougeole, je ne vois rien d’autre.
- Bien laissez-moi un ou deux jours de réflexion et je vous dirai ce que l’on fait.
En consultant le Répertoire des Suppressions du Dr. Robert Seror, je tombe sur « Stupeur, ahurissement, abasourdie, après un exanthème supprimé : CUPRUM ». Curieusement le remède a dans sa pathogénésie « Suppression de phénomènes éliminatoires : éruptions aiguës, sueurs des pieds, etc. ». Je décide finalement de lui donner une seule dose globules de Cuprum metallicum en 30 CH pour initier un mouvement centrifuge. Durant le mois suivant, Sylvie m’a souvent appelé par téléphone, Yvan réagissant très fortement à Cuprum. A peine deux jours après la prise de l’unique dose, il a fait une fièvre à 39,6° durant toute une nuit, puis le lendemain la température s’étant normalisée, est apparu un exanthème sans prurit sur l’abdomen et le dos qui a duré une semaine et a disparu comme il était venu. Suite à cet évènement, l’enfant se sentait déjà mieux et une semaine après je lui redonnais exactement le même traitement, Carbo vegetabilis puis Baryta carbonica.
3° consultation quatre mois plus tard (donc 8 mois depuis le 1° entretien)
Cette fois je note de suite dans le regard de la mère une satisfaction complice…
- Patrick’s je ne vais pas y aller par quatre chemins… Yvan va beaucoup mieux à tous les niveaux, le changement est radical et c’est comme si je l’avais vu se réveiller d’un songe dans lequel il était enfermé depuis si longtemps. Cette fois Jean a bien été obligé de constater les changements dans notre fils, il s’est même excusé de ne pas m’avoir soutenu et m’a douloureusement avoué, ce qui m’a bouleversé tant j’en ai été surprise, qu’il culpabilisait énormément que j’ai dû subir cette F.I.V pour que l’on puisse avoir un enfant et tous les problèmes qui en ont découlé pour le simple fait qu’il soit stérile… cela l’avait rendu agressif. Il ne voulait pas reconnaitre les problèmes de son fils dont il était pourtant conscient secrètement mais qui le rendaient encore plus malheureux et aiguisaient sa culpabilité. Au contraire de mon époux, ma famille qui elle aussi n’a pas pu faire autrement que de constater l’incroyable amélioration du petit, pense que l’homéopathie n’y a joué aucun rôle, l’enfant s’étant simplement amélioré parce qu’il a grandi et que les choses se sont mises en place naturellement. Quant à moi, Patrick’s je suis très heureuse d’avoir suivi mon instinct et cette expérience m’a beaucoup fait réfléchir sur les limites que je ressens dans mon travail de pédiatre, mais aussi pour éprouver un sentiment d’impuissance dans l’incapacité que j’avais à soigner mon propre enfant. Pour aimer ma profession et les enfants, je ne décolère pas quand je pense à mon incapacité à être plus efficace.
Six mois plus tard, l’unique dose de Baryta carbonica avait fini ses effets et Yvan n’évoluait plus, j’ai alors répété le même remède en CMK, puis une 3° fois trois mois plus tard en LMK. Cela fait déjà quelques années de cela et Yvan est aujourd’hui un adolescent qui se porte très bien et bien que je l’ai vu quelques fois pour des problèmes mineurs, je n’ai jamais plus utilisé Baryta carbonica qui l’avait si bien aidé à sortir de sa petite enfance où il était emprisonné.
Quant à Sylvie, elle a suivi des cours de Médecine chinoise traditionnelle durant deux ans afin de connaitre mieux l’énergétique chinoise et parallèlement, elle est devenue l’une de mes élèves en médecine homéopathique durant quatre années. Elle fait partie de ce 1° groupe d’élèves qui se sont auto-dénominés les Sept Samouraïs, tant leur amitié et leur partage mutuel sont soudés et des milliers de patients depuis profitent de cette opportunité qu’elle s’est donnée et que son fils bien-aimé a su transposer. Bref, une belle histoire d’Alchimie…
Extrait de Los Duendes,
Livre en libre accès sur le site de l’APMH